G.2.2.2.Pierre Aspord au Dahomey.

Il y arrive le 28 Octobre 1893. L'année précédente, sous le drapeau français, 3000 hommes ont débarqué sous les ordres du colonel Doods.

Le Père Aspord est cité comme aumônier militaire à Cotonou, sur un document qui dresse un abrégé de sa vie (7).

On pourrait dire, comme certains que les missionnaires arrivaient avec les bagages des colonialistes. Remarquons que dans le cas présent, ca n'est pas exact car deux missionnaires catholiques étaient arrivés trente ans, plus tôt à Ouidah, en Avril 1861. Depuis lors, le fort portugais y servait de point de départ des évangélisateurs du Dahomey.. 

 

G.2.2.2.1.Les stations où le Père intervient.

Son action de jeune missionnaire commence à Topli avec les Pères Dorgère et Tessier. Nous n'avons pas trouvé ce lieu sur nos cartes mais il s'agit vraisemblablement d'un endroit où ils pouvaient desservir Athiémé ( voir page 67).

Il y sera sept mois en 1894 et 1895. C'est une station de brousse « qu'il lui coûte de quitter et [aussi ] de renoncer à la belle colline ». En mars 1895, il est à Agoué ( lettres des 7, 15 et 19), à Cotonou ( lettres des 21 et 22 juin) puis de retour, en 1897, à Agoué.

En 1898, il est Supérieur à Grand Popo (8). Il y  entreprend la construction d'une maison pour la résidence des missionnaires. En 1900 et 1901, une école à Adjara et la sacristie à Grand Popo. En 1905, il conduit l'allongement de la chapelle et en 1908, à nouveau une construction, celle de la maison des Sœurs à Agoué et en 1909, celle des Sœurs à Cotonou..

 

G.2.2.2.2. Fragments de vie du missionnaire.

Nous donnons en premier lieu, un aperçu de son environnement et en second, de ce qu'il vit.

Avec le climat : Il est tropical ; la saison des pluies va de mai à juillet .« Il pleut continuellement à Cotonou » écrit-il sur sa lettre du 21 Juin 1895. En saison sèche, la température se situe de 24 à 30°.

Avec la santé : Les conditions de vie sont sévères et plusieurs fois est nommée la bilieuse ( [7] ). Le Père Aspord, lui même, cite une jaunisse "à peu près partie"

(lettre du 07 mai 1895) puis "à peu près guérie" le 15. Les maladies entraînent des retours prématurés en France mais aussi des morts nombreuses dans les rangs missionnaires : six sur une lettre d'Agoué du 18.05. 95  et celle du Préfet apostolique (lettre du 22. 06.1895).

  Fort portugais de Ouidah

  Fort portugais de Ouidah (10).

 

 

 

 

Zone de Texte: 1851- Traité d'amitié avec la France.

1860- La mission du Dahomey est érigée en
Vicariat apostolique à l'initiative de la SMA.

1883- Protectorat français sur Porto-Novo.

1892- Attaque des troupes françaises 
par des Dahoméens.

1893- Conquête militaire française avec le colonel Doods et une troupe de 3000 soldats.

1894- Création de la Colonie du Dahomey.

1895- Les Pères Schenckel et Steinmetz
entreprennent voyage et exploration.

1897-1898 Délimitation drs frontières avec 
l'Allemagne (Togo) et la G.B.( Nigéria).

Au XXè siècle:
1904- Rattachement à la Colonie de l'AOF.
1960- Indépendance.
1975- Dahomey devient Bénin.

     Repères historiques pour le Dahomey (11)

 

 

 

(7) Archives des Missions Africaines, AMA 3G27.

(8) Les produits tropicaux étaient vendus aux Portugais par les locaux.. Ces derniers etaient appelés Popo, par les Portugais, c'est à dire pêcheurs. Des villages de cette côte, ils sont pratiquement les seuls pêcheurs en mer de Guinée, capables d'affronter la barre avec leurs pirogues. ( Source : Guide du Bénin, p; 128 ).

(9) Maladie grave des pays tropicaux, la bilieuse est une affection fébrile qui n'est peut être qu'une forme allergique du paludisme et qui se traduit par de l'ictère, des vomissements et de l'hémoglominurie ( Source : Grand Larousse Universel / Tome 2 / p. 136 ).

(10) Ce fort a été le siège du Vicariat, confié au Préfet apostolique jusqu'en 1960.

(11) L'origine du mot Dahomey ( Dan  Homé = dans le ventre de Dan) repose sur le mythe fondateur de la case de Houessou, futur roi d'Akaba d'Abomey.

 

-66-

 

 

 

G2.2.2.2. Fragments de vie du missionnaire (suite).

Les stations où le Père Aspord se consacre à sa mission, sont situées sur le littoral, nous venons de le relever.

La dépendance maritime des étrangers à ce littoral est très nette. Leur approvisionnement est rythmé par l'arrivée des bateaux à vapeur, des steamers nommés par exemple, " l'Amérique", "le Stromboli". Ils débarquent sur le Warf de Cotonou (12) leur chargement qui sera ensuite stocké dans des magasins–comptoirs qui existent à Grand-Popo, Ouidah, Abomey-Calavi.

( Cités sur la lettre du 22 janvier 1900 ).

Par ces bateaux arrivent et partent les missionnaires. C'est également par mer qu'avec pirogue, sont assurées des déplacements de proximité, pour les Pères entre autres ( lettre du 07 mai 1895 ) dont le courrier. Les jeunes canotiers sont appréciés car, piroguiers et pirogues sont très sollicités.

Flashs sur l'activité pastorale du Père Aspord..

Il cite certaines messes qu'il célèbre. C'est le cas pour  celle à la mémoire du Préfet apostolique (28.06.1895),

et celle pour un mariage à incidence "diplomatique".

A Cotonou, il enseigne le catéchisme et le français à une vingtaine de garçons (21 juin 1895). Dans sa correspondance, il est parfois question de jeunes africains. Sont cités Ignatio, Paul, qui a été en France, – un piroguier- Amoussa, François pour son mariage et Eusébio devenu maître d'école à Ouidah. 

Adressée au Père Dorgère, son premier confrère - qui doit être isolé dans la brousse - cette correspondance le tient au courant des mouvements d'arrivants, de partants, des nouvelles concessions obtenues par le Préfet ( 21.06.1895), des essais d'agriculture au nord d'Athémé (café, manioc, maïs) et de la distillation d'igname.

Le Père Aspord, un entrepreneur de bâtiment .

Comme on l'a vu sur la page précédente,  il conduit six constructions en onze ans, de 1898 à 1909. Dans le détail, il se montre rigoureux avec les dépenses engagées. Le transport par voie d'eau, de 45.000 briques et de cinq barils de chaux est caractéristique. L'écart entre le prix convenu et le service réel apporté, le conduit à s'affronter avec le transporteur. L'Administrateur de Ouida et le Préfet apostolique sont saisis de l'incident et réussissent à éviter une confrontation devant le Juge de Paix.

Les relations du Père avec l'Administration.

Elles sont parfois tendues avec l'Administrateur du "Mono", le secteur du littoral. C'est le cas au sujet du mariage civil, préalable au mariage religieux, pour un certain François.

Elles sont, par contre, très bonnes avec le Gouverneur du Dahomey qui demande, ceci est un exemple, la création d'une station missionnaire à Abomey.

 

Le Père Pierre ASPORD

Le Père Pierre ASPORD SMA de 1893 à 1911.

 

 


  Sud du Dahomey  avec  quelques agglomérations du littoral.

 

 

(12) Le Warf de Cotonou a été mis en service en 1893. C'est un vaste ouvrage métallique long  de 400 mètres, permettant le déchargement des marchandises, sans devoir franchir la barre. Il a facilité l'entrée des troupes du colonel Doods.

 

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G.2.2.2.2.Fragments de vie du missionnaire (suite).

Le Père Aspord et son supérieur le Vicaire apostolique L. Dartois. Leurs relations sont, dans certains cas, tendues, quand l'état des finances oblige le Vicaire à contrôler par le menu détail, les comptes de la station de Grand Popo.

Le Père Louis Dartois fait preuve de beaucoup de tact dans les relations avec les autorités civiles françaises ce qui arrondi les angles avec elles car le Père P. Aspord semble, lui, ne pas s'embarrasser de trop de diplomatie.

Des retours en France

En 1899, après cinq ans et demi de mission, le Père Aspord rentre en France quelques semaines pour rétablir sa santé.

En 1903, à nouveau il vient dans l'hexagone pour se soigner  mais en 1910, sept ans plus tard à quarante ans, après dix-sept ans au Dahomey, c'est malade, qu'il revient en France, avec la santé minée par l'environnement tropical. Il séjourne un temps au sanatorium de "la Croix" (13).

En 1911, il quitte la SMA car avec sa santé affaiblie il n'a plus la foi missionnaire chevillée au corps.

 

G.2.2.3 – Pierre Aspord, prêtre diocésain.

Ses démarches le conduisent à être rattaché au Diocèse de Montpellier où il sera Vicaire auxiliaire à Ganges le 23 février 1911. Le 23 Juillet de la même année, il est nommé Curé de Madières.

Deux ans après, le 27 juillet 1913, il devient Curé de Vacquières où il exercera jusqu'en 1938 soit vingt-cinq ans. Il se retire alors du service diocésain et va résider à Aigueblanche (14). Il y décède le 23 mars 1941. Sa tombe voisine la croix centrale du cimetière des Avanchers.

 

G.2.2.4. Fragments de la vie familiale du Père Aspord

Alors, Curé de Vacquières, il accueille, un hiver, son filleul, Paul mon père qui devait avoir quinze où seize ans. Il lui fait travailler son Français. Je puis témoigner du résultat excellent de cette formation.

En 1920, il est présent au mariage de tante Amélie (15).

En 1931, venu à l'Exposition coloniale à Paris, il rend visite à son filleul et à sa famille. J'ai le souvenir « d'un grand Monsieur, tout en noir ». J'avais six ans.

 

G.2.2.5. Fragments où le Père Aspord est cité.

Dans les années vingt, il fait un don pour la peinture du chœur de l'Église Saint André aux Avanchers,

( Cf. supra F.2.1. page 52 ).

En 1936, un Père de la SMA de Grand Popo, le Père Bertho est venu le voir à Vacquières. Heureux d'avoir des nouvelles de son ancienne mission, il lui donne toutes ses économies (7).

 

             Extrait de la photo du cortège  du mariage de Prudent Simille  et de tante Amélie en 1920 Le Père Pierre Aspord apparaît,
mariage de Prudent Simille

discrètement, entre les deux mariés.

 

 

 

(13) Situé vraisemblablement dans la province lyonnaise.

(14) Évêché de Montpellier / Semaine religieuse / Rubrique de nécrologie pour 1941.

(15) ASPORD, (R.), 2005, pages 34 et 35.

 

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( [7] ) Maladie grave des pays tropicaux, la bilieuse est une affection fébrile qui n'est peut être qu'une forme allergique du paludisme et qui se traduit par de l'ictère, des vomissements et de l'hémoglomi-nurie ( Source : Grand Larousse Universel / Tome 2 / p. 136 ).